Indiana 80 Jones

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Perte et Fracas a dit

Louis Minus XVI – prononcez [louisse minusse seize] – est un quartet originaire du côté de Lille. Kindergarten est le deuxième et encore tout récent album du groupe après un Birds And Bats publié lui à la fin de l’année 2011. Un premier album aussi captivant qu’enflammé mais qui n’a jamais eu l’honneur d’être chroniqué dans les pages pourtant avisées de Perte & Fracas, à croire que pendant les trois années où j’avais totalement disparu de ce webzine il ne s’y est pas passé grand-chose parce que que le patron en a profité pour rien foutre. Rattrapons donc ce retard.
Mais commençons par faire les présentations. Dans Louis Minus XVI on trouve deux saxophonistes, Adrien Douliez à l’alto et Jean Baptiste Rubin au ténor ; on trouve également Maxime Petit à la basse électrique et intraitable ainsi que Frédéric L’Homme à la batterie. La musique de Louis Minus XVI est un pur bonheur contemporain – ie : de maintenant – puisque voilà un groupe qui sait puiser dans le (free) jazz, le (noise) rock ou l’avant-garde (ahem…) sans donner l’impression de créer une mixture artificielle, de procéder à des calculs de musicologues, de fusionner le bon goût des salons où l’on cause avec l’électricité détournée du four à micro-ondes de bonne-maman. On a quand même cette chance, en ce moment, d’avoir la possibilité de se mettre entre les oreilles des groupes et des musiques aussi inventives, non formatées et aventureuses que celles de Loup, IRèNE, Jean-Louis, Kouma ou Lunatic Toys et Louis Minus XVI, avec sa propre personnalité, fait assurément partie de ce peloton de tête.
Et ce n’est pas avec Kindergarten que je vais changer d’avis. Bien au contraire. De plus, ce deuxième album a l’avantage et l’intelligence de ne pas nous resservir tels quels les mêmes plats qui nous avaient déjà rassasiés sur Birds And Bats. Un titre comme La Marche, placé en tête de gondole, rappellera certes que Louis Minus XVI sait en imposer (et justifiera à lui seul le terme de basse « intraitable » utilisé un peu plus haut) mais sur les quatre autres compositions de Kindergarten, le groupe se plait à brouiller toujours plus les pistes, à rendre évident ce qui ne l’était pas forcément au départ et surtout à nous étonner encore et encore. Au premier rang de ces étonnements, Columbine’s Twin est une magnifique composition qui étale sans honte sa volonté de séduire et son haut pouvoir mélodique. On peut penser, avec ce thème serpentin voire moyen-oriental, aux soubresauts colemanien et klezmer d’un Masada, sauf qu’il y a cette partie centrale sur laquelle les quatre musiciens partent dans une toute autre direction et attisent toujours plus la flamme d’une musique débridée mais qui reste foutrement accrocheuse (et mention spéciale pour cette imitation plus vraie que nature des youyous matrimoniaux, aux alentours de 6’15). Surtout, d’une manière générale et par rapport à son prédécesseur, Kindergarten joue davantage sur la complémentarité entre les deux saxophones. Un petit jeu encore plus poussé, encore plus affiné et cela aurait été dommage de s’en priver lorsqu’on dispose d’un alto et d’un ténor dans le même groupe. Une optique particulièrement évidente sur le très beau More Friends mais également perceptible sur Sugar OD. Quant à Bain Atlas, ce titre passionné et brûlant résume assez bien la force de persuasion d’un groupe qui n’a pas besoin d’artifice musculeux pour nous faire chavirer définitivement. Aussi riche que varié, Kindergarten est donc une réussite totale. À noter également qu’il existe une version CD de ce disque et qu’elle a été publiée par BeCoq records.

Hazam (20/07/2014)

Indie Rock Mag a dit

Merci Leoluce !

Kindergarten s’inscrit dans la continuité de Birds & BatsDe prime abord comme ça, sans doute sonne-t-il un poil moins impétueux que son prédécesseur mais ce n’est qu’une impression. À bien y regarder, Louis Minus XVI conserve son vocabulaire volubile et dissonant et aime toujours autant fracasser son jazz sur des ossatures typiquement noise et y injecter tout un tas d’éléments furibards le rendant encore plus libre. Alors c’est vrai, envolés les Birds et les Bats, place au joyeux Kindergarten où batifolent une multitude de gamins aux cheveux ébouriffés. La toile d’araignée psychédélique qui ornait la pochette du premier LP a elle-même laissé la place à un voile diaphane aux multiples nuances de gris. Qu’est-ce à dire ?Birds & Bats était-il le squelette ? Kindergarten serait-il l’âme, l’esprit dans la machine ? Est-il simplement plus accorte comme le suggère son titre ? Soyons clairs, toutes celles et ceux qui ont un jour croisé la route d’un môme ou, pire, qui l’ont été eux-mêmes le savent : il n’y a pas plus jusqu’au-boutiste et renfrogné qu’un humain en réduction. Ce nouvel album de Louis Minus XVI évoque peut-être un jardin d’enfants mais on sent bien que la formation préfère explorer les coins et recoins qui échappent au regard inquisiteur de l’adulte, ceux où l’on peut se bastonner tranquille, s’insulter, faire la paix puis se refoutre sur la gueule l’instant d’après. Bref, pas vraiment un truc mignon et fantasmé mais plutôt une photographie sans fard, presque naturaliste. Alors oui, les adorateurs de jazz, les gardiens du Temple, ceux qui s’arc-boutent sur les Tables de la Loi, ne pardonneront sans doute pas à Louis Minus XVI son utilisation de la basse par exemple. Sur La Marche ou Sugar OD notamment. Trop fort, trop méchant, trop binaire, pas assez nuancé. De même que les amateurs de binaire échevelé ne lui pardonneront pas son utilisation presque orthodoxe du saxophone par exemple, sur More Friends notamment. Trop langoureux, trop beau, pas assez incisif. Bref, pas vraiment à sa place, Louis Minus XVI. Chez lui nulle part. Et donc chez lui partout. Notamment dans nos oreilles et dans les vôtres aussi certainement.

Car Kindergarten est avant tout une indubitable réussite. Il avoisine à nouveau la demi-heure comme Birds & Bats en son temps mais avec un titre en plus. Les morceaux sont donc dans l’ensemble plus courts. Bien plus courts en tout cas que celui issu du tout aussi recommandable Tamlalte Split de 2013 où Louis Minus XVI, réduit de moitié, se frottait au lothar de Lahcen Akil. Chacun avait physiquement sa face mais tout ce petit monde se rencontrait pourtant, l’esprit des deux formations venant pervertir l’autre. On en trouve des réminiscences dans ceKindergarten qui nous intéresse aujourd’hui. Comme on y trouve aussi des réminiscences de Birds & Bats.Mêlées à des accents plus inédits. Le groupe ne fait donc pas du surplace et se reconfigure à chaque nouvelle étape tout en gardant ses racines profondes. Des racines qui plongent dans le jazz donc, d’obédience free, ouvert aux quatre vents et à tous les folklores. On pense parfois au Masada de John Zorn ou au fondamental Moa Anbessa de Getatchew Mekuria & The Ex et à tous ces disques qui tentent d’inventer une grammaire nouvelle, un langage qui leur est propre. Des racines qui aiment également dessiner un chemin anguleux qui n’a jamais peur du passage en force à l’image d’une rythmique parfois hérissée (La MarcheSugar OD donc, mais aussi les répétitions paroxystiques du fabuleux Bain Atlas entre autres) qui montrent que le jazz de Louis Minus XVI est aussi ouvert à tous les genres, se combinant à des éléments plus typiquement noise ou no wave. Bref, la formation pratique l’amalgame et l’improvisation et les pratique tellement bien que chaque morceau peut se permettre d’aller fureter ailleurs et fouler aux pieds des territoires que les autres auront laissé de côté sans pour autant nuire à la cohérence du tout. Qu’il chausse ses rangers le temps d’une Marche forcée inaugurale ou ses ballerines leMore Friends d’après pour exécuter de délicats entrechats suspendus dans les airs, qu’il déchire sa partition à grand coups de saxophone sur Sugar OD puis en recolle les fragments épars pour dessiner une estampe orientale sur Columbine’s Twin, qu’il finisse par arpenter les reliefs on ne peut plus accidentés de Bain Atlas,Louis Minus XVI conserve sa superbe tout du long et n’ennuie jamais.

Que l’on se prenne à détailler le jeu des deux saxophones (l’alto d’Adrien Douliez et le ténor de Jean-Baptiste Rubin), s’épaulant, se confrontant ou laissant le champ libre à l’autre, que l’on suive les circonvolutions de la basse de Maxime Petit parfois tout terrain, parfois extrêmement délicate, dessinant des lignes tour à tour courbes et tendues ou que l’on s’attache au touché incisif de Frédéric L’homme, qu’il martèle ses peaux et ses cymbales comme un néandertalien ou les caresse, il y a déjà de quoi explorer longtemps. Mais le mieux est sans doute encore de laisser faire et de ne pas trop analyser car alors le disque révèle toute son ampleur. Il plie le temps et l’espace à la sortie des enceintes et nous enroule dans le tissu délicat de sa pochette : on se balade d’est en ouest, du nord au sud, en permanence sur les frontières, qu’elles soient chronologiques, géographiques ou musicales. Peu importe, le mouvement nous emporte. D’abord intrigant et bien vite captivant, Kindergarten nous communique ses propres errances et alors qu’à son écoute on finit par ne plus trop savoir où l’on va, on sait tout de même qu’on le suit les yeux fermés. Doté d’une personnalité forte, Louis Minus XVI hypnotise l’auditeur, accouche d’un disque qui ne ressemble qu’à lui-même et rejoint ainsi les rangs des formations qui en sortent justement. De quoi finalement comprendre d’où vient son titre : un jardin rempli de gosses qui s’amusent, triturent leurs jouets, arrachant des morceaux par-ci pour les recoller par là et tant pis si le résultat est incongru, il y a tellement de passion là-dedans que l’on ne peut qu’adhérer.

Le premier était déjà bien plus qu’un coup d’essai, celui-ci présente à son tour tous les atours du coup de maître.

Chapeau bas !

Newborn !

Ce soir // RCV (99fm) // 19h30

Ce soir avec Louis Minus Seize, on est invités par l’émission Opposition de Phase.

Tout ça parce qu’on va sortir un disque.
On vous a dit qu’on allait sortir un disque ?